Danser et chanter la vie
La musique c'est ma maison. Toute ma vie tient dans des playlists, avec ses coups de cœur, ses joies, ses détresses, ses coups de gueule, ses tristesses, ses transcendances et ses moments d'émerveillement. Les notes expriment mille fois mieux tout ce qui se vit en moi que ce que je ne pourrai jamais écrire. Les sons me connectent à leurs créateur-ices, à ces artistes sensibles qui ont travaillé fort pour trouver des sons justes et des paroles qui font vibrer les gens ensemble, pour nous faire ressentir que nous faisons tous partie de la même humanité.
Quel cadeau magnifique.
Vibrer une transe en pop, rock, folk, world, électronique. Tempos, durées, époques, tout se succède, varié, comme les ressentis en mouvement. Le corps suit et répond en douceur au début, comme pour prendre la température de l'eau avant d'entrer dans la piscine. Plus je m'immerge, plus la magie opère. Les barrières entre le son et le corps se dissolvent. Les musiques expriment joie, tristesse, nostalgie, espoir, émerveillement, colère.. et toutes ces émotions sans nom. Elles deviennent miennes, ouvrent grand mes portes et amènent de l'air frais quand ça sent la cave à l'intérieur.
"Wrong place, wrong time to witness. "
Bouger, chanter. Pas de témoins dans mon espace. Le corps se délie, le cœur bat, le souffle suit et la voix s'élève pour mieux s'accorder au fil des émotions qui se succèdent. Les instruments s'enchevêtrent pendant que le corps se déchaîne, tout en énergie et en souplesse. Ralentir, accélérer. Vivre la transe. Les sons touchent à l'intime et dévoilent toutes les facettes de ma vie, de celles qui mettent au ras du sol à celles qui lancent l'espoir vers le ciel. Toucher le soleil.
"Oh Soleil, écoute moi, soleil.."
"Love comes to you and you follow"
Mon cœur vibre, la basse de Chris Squire me secoue dans tous les sens, le corps en transe. la voix en contre-chant décolle en s'associant à la magie aérienne d'une voix de sopraniste intemporelle.
Je continue à dérouler le fil d'Ariane..
Il n'y a pas de pilule pour faire face à l'angoisse existentielle ultime. La crise de la COVID nous a tous rappelés à notre mortalité, un électrochoc difficile à digérer quand il faut construire ses rituels et sa philosophie de vie pour aller de l'avant.
Contrairement à la lecture, où la bulle de silence est nécessaire pour se plonger mentalement dans les univers suscités par les mots d'autrui, la musique est physique et connectée au monde extérieur. La co-création se joue dans le corps, par la voix et le mouvement. C'est indissociable. Les sons résonnent au plus profond pour transmuter les émotions qui sont restées coincées faute d'avoir eu l'espace pour s'exprimer. La danse les met en mouvement, le corps est leur messager le temps d'un battement en connexion avec l'univers.
Les chamanes le savent, mais les psychologues l'ont oublié.
Longtemps la danse m'était interdite. Trop de bruit, peur de déranger les voisins. Sortie du giron familial, j'ai longtemps eu peur de danser. Du regard des autres, du corps qui se dévoile, des émotions qui affleurent, coulent, roulent. De l'intensité. Oui, de l'intensité qui se dégage, surtout. Je fuyais..
"Like the time I run away..."
From myself. Not any more. Awaken I feel now, Jon*
(*Je fuyais comme le temps... et je me fuyais moi même. Ce n'est plus le cas. Je me suis éveillée, Jon)
- Cette parenthèse est une dédicace spéciale à Marie, qui se reconnaîtra.
Références - playlist
Johnny Clegg - Witness - (King of time)
Michel Fugain - Soleil - (Michel Fugain et le Big Bazar)
Yes - Heart of the sunrise - (Fragile)
Secret sky - Ariadne's Thread (Opium)
Yes - Awaken - (Tormato)