Ménopause - un vide culturel

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Photo by Zoltan Tasi / Unsplash

Existe-t-il quelque chose de plus en dessous du tapis culturel occidental que la ménopause ? Je suis entrée là dedans sans savoir le bouleversement que cela allait engendrer. Mal informée par un corps médical axé sur la reproduction, je suis passée à côté d’un paquet d’informations qui m’auraient été très utiles pour garder un équilibre ces dernières années. Et les livres sur la question ne sont pas tous égaux en qualité. Comment s’y retrouver ?

Mon image de la ménopause était relativement floue : de l’insomnie, des bouffées de chaleur et c’était tout. En fait, c’est bien plus complexe et plus étendu. Les manuels de médecine chinoise traditionnels parlent de second printemps.
La référence est celle de la puberté. A l’adolescence, j’ai eu de l’information sur les changements attendus. Mais la femme ménopausée n’existe pas vraiment et j’ai mis des années avant d’avoir une vision plus claire du sujet.
Ma mère a eu un traitement hormonal qui ne suffisait pas et a déréglé son métabolisme (dans les années 1980). Sans compter son image de soi déjà problématique et qui s’est dégradée encore plus avec la prise de poids dans une société qui passé le 46 vous propose des habits sans forme ni couleurs.

Quand je suis arrivée au Canada, j’ai constaté qu’avoir un suivi avec une gynécologue n’était pas du tout dans les mœurs. J’ai dû passer par un médecin et les ajustements hormonaux dont j’avais besoin n’existaient pas. On ne s’occupait que de la reproduction ou, heureusement, des problèmes majeurs comme l’endométriose.

Arrivée à la ménopause, j’étais dans un job exigeant. Une combinaison qui a largement contribué à me mener à la case burnout. Curieusement, je n’avais pas pensé que mon changement hormonal était largement responsable de mon état (en plus de la surcharge de travail et du stress associé) mais aucun médecin ne m’en a parlé non plus ! On m’a traitée pour de l’épuisement et de l’anxiété (c’en était), de la dépression (ça n’en était pas) mais jamais je n’ai eu de proposition pour avoir des hormones ou autre chose qui aurait pu m’aider hors somnifères et antidépresseurs, souvent bien trop forts et pas appropriés à la situation. Aujourd’hui je sais que le sport léger aide à reprendre un équilibre, même si ce n’est pas toujours évident de garder le cap quand l’hiver glace les trottoirs un peu partout. Les femmes sportives ont moins d’effets secondaires, mais là encore, chaque cas est différent. De la même façon que les cycles hormonaux diffèrent, la ménopause aussi.

Le brouillard mental, la digestion qui flanche, les émotions dans le plafond, les vieux traumas qui refont surface et les fluctuations d’humeur importantes qui secouent et font partir dans tous les sens, font aussi partie du tableau. La ménopause ce n’est pas que des bouffées de chaleur et de l’insomnie, c’est un bouleversement physiologique majeur sur une très courte période. Et même après ce changement important, le corps continue de changer jusque dans la soixantaine ! Tout la physiologie passe de la reproduction à une conservation de l’énergie pour continuer à vivre. Les hormones qui rafraîchissent le corps diminuent assez brutalement (oestrogènes) et la testostérone baisse moins rapidement, ce qui peut expliquer le côté plus "masculin" des femmes ménopausées et les poils au menton. Les graisses s’accumulent dans certaines parties du corps et aident à compenser le manque d’hormones. Globalement, le changement est tel que tout l’organisme a besoin de repos, de temps pour s’adapter, d’un changement alimentaire, physique et psychologique. Se faire accompagner est essentiel. Pouvoir partager aussi.

Je trouve que l'Occident, du moins la France et le Québec manquent d'espaces pour vivre cette transition. Aucun rite de passage - pas plus que pour les autres moments de la vie d'ailleurs. Pourtant ce bouleversement crée des ruptures dans les couples, des absences au travail, des remises en questions et de la fatigue accumulée qui a aussi un coût social important !

Un rite de passage serait pourtant bien nécessaire. La conscience de sa mortalité devient très tangible, tout comme l’urgence de contribuer en utilisant la sagesse accumulée. L’énergie diminue aussi alors que les responsabilités et les charges augmentent et toutes les femmes ne rêvent pas de s'occuper à la fois de leurs vieux parents et de leurs jeunes tout en traversant une tempête hormonale.

Je pense aujourd'hui qu'il y a un besoin d'espace pour vivre les transitions qui font partie de la vie, passer au travers des crises existentielles autrement qu'à coup de pilules. L'expérience est aussi une richesse qu'il serait temps de partager pour s'entraider.

Qu'en pensez-vous ? Quelle est votre expérience ?